Pas de chasse aux œufs cette année pour les vignerons de Bourgogne. À la place, ils affrontent un ennemi moins festif et plus concret : le gel tardif qui a frappé les 27 et 28 mars. Les premières évaluations sont rassurantes, mais le verdict définitif dépendra du redoux attendu pour Pâques.
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Que s’est‑il passé les 27 et 28 mars ?
La région a subi des épisodes de gel advectif et de gel radiatif coup sur coup. Ces deux phénomènes n’agissent pas de la même façon. L’un amène de l’air froid sur de vastes zones. L’autre survient la nuit, quand la chaleur se dissipe du sol. Ensemble, ils ont mis les bourgeons en danger au moment où la vigne commence à se réveiller.
Les températures sont tombées basses, mais pas autant que lors d’épisodes dramatiques passés. Les premiers relevés indiquent que, localement, des bourgeons sont touchés. Mais les bilans provisoires parlent d’un impact limité, loin de la catastrophe de 2021.
Où les dégâts paraissent limités — et pourquoi
Sur la Côte d’Or, les experts estiment que les dégâts restent localisés. Certains secteurs comme le Châtillonnais, les Hautes Côtes et le vignoble de Nolay ont connu des symptômes plus visibles. Dans ces parcelles, des précipitations ou de la neige avant la gelée ont pu rendre la situation plus vulnérable.
Cependant, les techniciens notent que l’ampleur n’atteint pas celle d’autres zones comme Chablis ou la Champagne, où les températures ont été plus sévères. Autre élément positif : on n’observe pas de parcelles totalement détruites.
Pourquoi l’inquiétude ne disparaît pas
Le redoux annoncé à partir du weekend de Pâques change la donne. Des températures moyennes autour de 15 °C et des maxima proches de 23 °C provoquent un « explosion » des stades végétatifs. Dès que la vigne repart, la fragilité des bourgeons se révèle. Si des bourgeons déjà endommagés repartent mal, la perte devient visible rapidement.
De plus, le froid prolongé peut provoquer du filage des inflorescences. Les physiologistes estiment qu’environ 40 % de la construction du rendement se joue entre le débourrement et l’ouverture des premières feuilles. Un refroidissement durant cette fenêtre augmente le risque de voir moins de grappes par pied.
Comment diagnostiquer précisément les dégâts
Il est trop tôt pour trancher. Attendez le retour du redoux pour faire un premier état des lieux. Voici une méthode simple et fiable :
- Coupez quelques bourgeons représentatifs au sécateur.
- Fendez‑les longitudinalement. Si le tissu est vert à l’intérieur, il est vivant. S’il est sec et brun, il est détruit.
- Comparez plusieurs rangs et différentes expositions. Les parcelles mal ventilées sont souvent plus touchées.
Ce geste simple vous donnera une idée rapide de l’importance des pertes par pieds et par parcelle.
Mesures et bonnes pratiques à court terme
Après une gelée, l’urgence est d’évaluer, trier et adapter les interventions. Quelques pistes pratiques :
- Repérez et marquez les zones les plus fragiles pour un suivi rapproché.
- Évitez les interventions mécaniques lourdes avant d’avoir évalué la reprise. Elles peuvent masquer des signes utiles.
- Sur les parcelles encore indemnes, maintenez une vigilance stricte sur les prévisions météorologiques. Le risque zéro n’existe pas.
- En cas de pertes partielles, anticipez des pratiques de gestion du feuillage et de la charge pour limiter l’impact sur la qualité.
À quoi vous attendre pour la récolte
Si le gel n’a touché qu’un pourcentage limité de bourgeons, l’impact sur la récolte peut rester modéré. Mais si les épisodes de froid ont perturbé la période critique entre débourrement et feuilles étalées, il faut s’attendre à une baisse du nombre de grappes par pied.
Les conséquences varient fortement d’une parcelle à l’autre. Certaines vignes plus avancées en Côte de Beaune et en Côte de Nuits pourraient révéler des casses plus marquées. Il faudra quelques semaines pour connaître l’ampleur réelle.
Conclusion — rester vigilant et agir avec méthode
Les premières nouvelles sont plutôt encourageantes, mais la prudence s’impose. Le redoux de Pâques va montrer ce que la nature a réellement subi. Prenez le temps d’inspecter vos pieds, documentez vos observations, et adaptez vos pratiques culturale en conséquence. Vous ne pouvez pas contrôler la météo, mais vous pouvez limiter les surprises en agissant vite et intelligemment.


